Bienheureuse Marie de la Passion:

une femme, une intuition, un élan missionnaire

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« Les fondateurs sont nos racines, non pour que nous les suivions n’importe comment, mais pour que cela porte du fruit. Revenir aux débuts de nos Instituts, c’est aller à cette racine pour nous y abreuver, comme à une fontaine, et pouvoir répondre de manière juste.» Pape François. La force de la vocation

Née Hélène de Chappotin en 1839 à Nantes, en religion Marie de la Passion, Fondatrice de l’Institut des Franciscaines Missionnaires de Marie en 1877, morte en 1904 à San Remo, béatifiée en 2002 par le Pape Jean Paul II. Un parcours classique de vie consacrée dans l’élan missionnaire du XIX siècle ? Pas vraiment ! Son chemin fut semé d’embuches et de ruptures, éclairé par une profonde expérience de Dieu. Marie de la Passion, son nom résume sa vie.

Enracinement :

Hélène, Marie, Philippine de Chappotin, nait à Nantes, le 21 mai 1839, de Charles de Chappotin, ingénieur des Ponts et Chaussées et de Sophie Galbaut du Fort. Familles de l’aristocratie dont l’histoire s’était déjà croisée dans les lointaines Antilles. La vie est partagée avec la famille de son oncle, à Nantes, puis dans la propriété du Fort.

Education à une foi profonde, assez sévère, avec un profond respect du Pape et de l’Eglise, volontiers idéalisés. Enseignement assuré à la maison. Joie d’une vie de famille élargie. Caractère entier, nature fougueuse, enfant douée et volontaire, la jeune Hélène grandit, pleine de vie.

Mais la vie apporte aussi ses tragédies : mort d’une jeune cousine et de deux de ses sœurs. Temps de chamboulements politiques en France et à Rome, vivement ressentis dans son milieu familial. « Qu’est-ce qui valait la peine d’être aimé ?… Tout me semblait si vide ! » Hélène, adolescente, cherche ce qui pourra remplir son cœur et son existence.

Appels :

1856. A 17 ans, lors d’une retraite, devant le Saint Sacrement, elle est bouleversée par l’Amour de Dieu : « Je suis Celui qui t’aimera toujours plus que tu ne L’aimeras, Celui dont la Beauté est sans tache…. »  Dieu a fait irruption dans sa vie, tout change, elle entre dans la prière, dans une recherche intense de Dieu. Un jour, la vie religieuse s’impose à elle comme le seul chemin de réponse à l’Amour.

1859-1861 Son désir de vie religieuse est retardé par la mort brutale de sa mère. Vient enfin le temps où elle peut partir et doit choisir. L’appel à la vie franciscaine est clair : «  La pauvreté s’empara de mon cœur, je devins fille de St François ». Elle entre, le 9. 12. 1860, au Monastère des Clarisses de Nantes. Pauvreté, dénuement même, joie… Là, Dieu la saisit de nouveau. Dans une expérience mystique soudaine, elle se sent, se sait, appelée à offrir sa vie ‘en victime’ pour le Pape et l’Eglise : des mots qui expriment, dans la spiritualité de l’époque, l’offrande totale de soi avec le Christ. C’était le 23 janvier 1861, une date clé de sa vie. Un événement si bouleversant qu’elle tombe malade, doit quitter le Monastère et rentrer dans sa famille.

1861-1864 Années de retraite, de solitude, de recherche de la volonté de Dieu. Que veut-il d’elle après cet ‘échec’ ? Où aller ? Finalement, elle est conduite par le P. Petit, sj, à demander son entrée dans la Société de Marie Réparatrice, une congrégation ignacienne récente, vouée à l’adoration du Saint Sacrement dans un esprit de réparation pour les péchés du monde.

1864- 1865 Hélène part sans tarder au noviciat de Toulouse. Le 15 aout 1864, elle prend l’habit et reçoit le nom de Marie de la Passion. « Le jour… où me fut imposé le nom de Marie de la Passion, je fus pénétrée de cette unique parole ’Ecce’. Elle résume l’offrande de Marie et l’agonie de Jésus :’Me Voici’. » Me voici pour être Marie de la Passion. Je veux être du petit nombre de ceux qui aiment vraiment Jésus crucifié. »

Mission en Inde :

1865-1876 Elle est envoyée, encore novice, à la mission du Maduré, en Inde. Mission récente des Jésuites, qui ont demandé la collaboration des Réparatrices pour la formation de religieuses indiennes. Elle prononce ses premiers vœux en 1866, est nommée supérieure de la communauté de Tuticorin et, l’année suivante, ‘provinciale’ des 3 communautés du Maduré. En 1871, elle fait ses vœux définitifs. En 1875, elle ouvre une nouvelle communauté à Ootacamund, à l’invitation de Mgr Bardou, MEP. Marie de la Passion aura vécu et travaillé en Inde onze années, riches d’expériences humaines et missionnaires, d’approfondissement spirituel. Des années marquées aussi de graves difficultés. Elles amèneront à la séparation d’un large groupe des sœurs qui rejoignent Ootacamund où Mgr Bardou les prend sous sa protection.

Fondation 1877

1877…. Quel avenir pour ces femmes qui ne veulent pas quitter la vie religieuse ? Marie de la Passion se sent responsable du groupe, et part à Rome avec trois sœurs, en novembre 1876, clarifier leur situation. Elles obtiennent l’autorisation du Pape Pie IX de demeurer dans le vicariat de Mgr Bardou comme Institut des Missionnaires de Marie. C’est le 6 janvier 1877, fête de l’Epiphanie, considéré comme la date de fondation de l’Institut.
Une nouvelle page s’ouvre ! A la demande de ‘Propaganda Fide’ (Congrégation romaine responsable des Missions), Marie de la Passion écrit rapidement un ‘Plan de l’Institut des Missionnaires de Marie’ : une vie orientée toute entière vers la mission universelle, centrée sur l’Eucharistie, l’offrande de soi sans réserve, à l’imitation de Marie. Puis, elle cherche un lieu pour la formation. A peine ouvert à St Brieuc, en Bretagne, le noviciat reçoit des jeunes attirées par l’idéal missionnaire et la vie de ce petit groupe de religieuses, fragile, pauvre et ardent. En 1880, il est transféré à quelques km de là, dans la propriété des Châtelets.

Marie de la Passion se rend à Rome en 1882 : elle veut assurer l’avenir de ses sœurs de l’Inde comme des jeunes qui se préparent. Elle sent aussi le besoin de s’appuyer sur une famille spirituelle solide. Elle y rencontre providentiellement un responsable des Frères Mineurs franciscains, le Père Raphaël Delabre. Après avoir compris sa situation, il lui demande de rédiger sans tarder les Constitutions (Règle de vie) et d’envisager une fondation à Rome. En peu de jours, cela est accompli et la communauté de Rome peut ouvrir le 18 août. Le Père Raphaël devient conseiller spirituel de Marie de la Passion qui demande son admission dans le Tiers Ordre franciscain. Elle y retrouve son ancrage franciscain, et un appui qui s’avèrera précieux. En 1885, toutes les sœurs entreront à leur tour dans le Tiers Ordre franciscain et l’Institut s’appellera désormais Franciscaines Missionnaires de Marie.

1883-1884 A Rome même, des oppositions persistantes à Marie de la Passion conduisent le Pape Léon XIII à lui retirer sa charge de supérieure. Temps d’épreuve incompréhensible, venant du Pape lui-même, incertitude pour l’avenir, tempête durant laquelle elle se confie à Dieu seul. Au bout d’une année, un réexamen sérieux de sa situation est accordé ; elle est enfin réhabilitée en mars 1884.

1884- 1904 Désormais la route est ouverte pour l’Institut missionnaire. La vie de Marie de la Passion se partage alors entre fondations et voyages incessants, écrits, direction de son Institut, engagement dans les questions humaines et sociales de son temps. Et ce, malgré une santé déjà éprouvée par le climat de l’Inde et le travail harassant.

Une œuvre

Fondations : Marie de la Passion ne retournera jamais en Inde mais implantera l’Institut aux 4 coins du monde. De son vivant à Marseille, Carthage, Ceylan, Chine, Angleterre, Belgique, Canada, Mozambique, Birmanie, Japon, Espagne, Madagascar, Chili… Elle répond avec audace aux appels de l’Eglise ou de gouvernements : éducation, santé, œuvres sociales, avec un souci constant de former et promouvoir les femmes. Le choix des « missions les plus périlleuses et les plus lointaines », inscrit dans les Constitutions, n’est pas un vain mot. En 1900, sept sœurs fmm le paieront de leur vie, martyres en Chine, canonisées en 2000.

Ecrits : Elle donne une forte impulsion spirituelle et missionnaire à ses sœurs, écrivant des livres de méditations quotidiennes, vies de saints ; donnant des retraites, assumant une énorme correspondance et lance  des « Annales missionnaires » pour le public.
Organisation de l’Institut : elle établit solidement l’Institut, centralisé pour les besoins de la mission avec une forte uniformité propre à l’époque : formation, organisation en Provinces, communications, gestion rigoureuse en ces temps de grande pauvreté et d’immenses besoins.

Le 15 novembre 1904, Marie de la Passion meurt à San Remo. Là, s’achève une vie ancrée en Dieu, mouvementée, extraordinairement féconde. Elle laisse alors 2000 sœurs, en 88 communautés, insérées dans 24 pays.

Lors de sa Béatification à Rome, le 20 octobre 2002, le Pape Jean Paul II dira d’elle :

« Marie de la Passion s’est laissée saisir par Dieu,
capable de combler la soif de vérité qui l’habitait…
Au cœur de l’engagement missionnaire, elle place l’oraison et l’Eucharistie,
car pour elle adoration et mission se fondent en une même démarche.
Nourrie de l‘Ecriture et des Pères de l’Eglise, mystique et active, passionnée et intrépide,
elle se donne avec une disponibilité intuitive et audacieuse
à la mission universelle de l’Eglise »

Pour aller plus loin :
Petite vie de Marie de la Passion. Marie-Thérèse de Maleissye DDB 1996
Prier 15 jours avec Marie de la Passion. M.T. de Maleissye. Nouvelle cité 1999
Hélène de Chappotin et les Franciscaines missionnaires de Marie. Marcel Launay Cerf 2001.